samedi 18 novembre 2017

L'art des courtisans

Paul Henri Dietrich d'Holbach, Essai sur
l'art de ramper à l'usage des courtisans,
Berg International, 52 pages, 14 €
"... de tous les arts, le plus difficile est celui de ramper. Cet art sublime est peut-être la plus merveilleuse conquête de l'esprit humain. La nature a mis dans le cœur de tous les hommes un amour-propre, un orgueil, une fierté qui sont, de toutes les dispositions, les plus pénibles à vaincre. L'âme se révolte contre tout ce qui tend à la déprimer ; elle réagit avec vigueur toutes les fois qu'on la blesse dans cet endroit sensible ; et si de bonne heure on ne contracte l'habitude de combattre, de comprimer, d'écraser ce puissant ressort, il devient impossible de le maîtriser. C'est à quoi le courtisan s'exerce dans l'enfance, étude bien plus utile sans doute que toutes celles qu'on nous vante avec emphase, et qui annonce dans ceux qui ont acquis ainsi la faculté de subjuguer la nature une force dont très peu d'êtres se trouvent doués. "
L'ironiste qui se trouve être l'auteur de ces lignes se nomme Paul Henri Dietrich d'Holbach, plus connu sous le nom de baron d'Holbach (1723-1789). Il tint salon, où il accueillit tout ce que son temps connaissait d'esprits indépendants. La pertinence du propos frappe le libraire.
Celui-ci ne trouve que La Boétie (1530-1563), illustre Périgourdin, l'alter ego de Montaigne, pour rivaliser avec sa verve et sa perspicacité. L'œuvre s'intitule Discours de la servitude volontaire. Elle s'avère inépuisable et d'une actualité saisissante.

Etienne de la Boétie, Discours de la servitude
volontaire, Payot, 352 pages, 10

vendredi 17 novembre 2017

Qu'avez-vous dans la tête ? Des poissons

Izaac Walton, Le Parfait pêcheur à la ligne, traduit
de l'anglais par Patrick Reumaux, Klincksieck,
336 pages, 19,50 €
" Mon bon disciple, il est maintenant cinq heures du matin bien sonnées, nous pêcherons jusqu'à neuf, avant de prendre un petit déjeuner. Allez jusqu'au sycomore que vous voyez là-bas, cachez votre gourde sous une racine creuse, car, à cette heure environ et à cet endroit, nous casserons bravement la croûte, avec un morceau de bœuf salé et un radis ou deux que j'ai au fond de ma besace ; nous romprons sainement le jeune, je vous le garantis, en faisant honnête, copieux et appétissant petit déjeuner et je vous apprendrai ensuite la manière de fabriquer vos mouches et de vous en servir ; en attendant voici votre gaule et votre ligne, pêchez de la manière dont vous me voyez le faire et voyons qui prendra le premier poisson. "
Ainsi parle Piscator (le pêcheur) à son compère Venator (le chasseur) qui la suivi au bord de la Tamise, un beau jour vers le milieu du XVIIe siècle. Le livre d'Izaac Walton (16126-1640) est depuis devenu un classique en Angleterre, un classique de la méditation halieutique plus que de la science des rivières et de leurs habitants : il contient un certain nombre de légendes que le lecteur d'aujourd'hui, cet incrédule, débusquera facilement.
L'idée de proposer une nouvelle traduction du Parfait Pêcheur à la ligne ou Le Divertissement du contemplatif, discours sur les rivières, les étangs, la pêche et le poisson est elle-même parfaite. Surtout précédée comme elle l'est d'une brève préface de Llewelyn Powys (1884-1939), un extravagant des lettres et de la nature comme on n'en fait plus, ou plus beaucoup.
Le Parfait pêcheur à la ligne rejoint la collection De Natura Rerum, plébiscitée par le libraire, tout content cette fois de passer sa journée des poissons pleins la tête.

Le pêcheur Walton

mercredi 15 novembre 2017

L'amour des livres est là

Il est enfin arrivé. Sur le comptoir, sur le canapé roue, dans la vitrine. Partout.
Le guide gratuit des livres de la fin d'année.
Pensez à le demander.
 

mardi 14 novembre 2017

Littérature pour les petits : Esilda conseille

Voutch, Bientôt l'hiver, Le Genévrier, 12
Un écureuil s'interroge, très préoccupé : combien de noisettes doit-il amasser s'il veut être prêt pour l'hiver ? Il s'adresse au hibou, sage doyen de la forêt, pour être sûr de ne manquer de rien.
La chute, surprenante, de cette histoire est très drôle et engage à la réflexion. Un album qui peut plaire aux enfants de  tout autant qu'à leurs parents.
Il s'intitule Bientôt l'hiver et son auteur n'est autre que Voutch.
Louise Greig, Ashling Lindsay, La Nuit et le petit garçon,
traduit de l'anglais par Larie Ollier, Gallimard jeunesse, 13,90 €
A l'heure d'aller dormir, Max découvre dans sa chambre une mystérieuse boîte. Il en tourne la clé et le jour se retrouve tout à coup enfermé dans la boîte : la nuit va alors s'installer...
Un album mignon, aux illustrations pleines de sensibilité, pour permettre aux enfants (de 3-4 ans également) de s'habituer à la nuit.
La Nuit et le petit garçon est son titre ; il est signé Louise Greig et Ashling Lindsay.

Céline Claire Qin Leng, L'Abri, Bayard jeunesse,
11,90 €
" ... Et c'est ainsi que deux étrangers ont ouvert leur foyer de fortune par une nuit de tempête où on ne voyait pas la lune. " Voici un beau livre qui parle de l'importance d'aider son prochain, d'éviter d'être rancunier et d'oser se rassembler pour affronter ce qui fait peur, ce qui nous dépasse.
Une plume très fine, dit encore Esilda depuis le rayon jeunesse de la librairie, avec beaucoup de sensibilité et qui rappelle combien il importe d'ouvrir son cœur à l'autre dans les moments difficiles.
L'album s'appelle tout simplement L'Abri et ses auteurs Céline Claire et Qin Leng.

lundi 13 novembre 2017

Poésie des sentiers

François Lasserre, Stéphane Hette,
Le Petit peuple des chemins,
Plume de carotte, 27 €
Si la licorne est un animal imaginaire des forêts, difficile à croiser, impossible (heureusement) à chasser, il existe une multitude de petits habitants poétiques le long des chemins.
Sachons considérer pour ce qu'elles sont ces modestes créatures : irremplaçables. " Que seraient nos sorties sans ces silhouettes discrètes et craintives, ces chants légers et puissants ou ces simples gazouillis ? Leur s présences vivantes et mystérieuses nous accompagnent sur les sentiers et tout au long de nos vies ", affirme à bon droit François Lasserre.
On peut leur donner des surnoms, et voici " L'invisible bouhou ", " Robin des bois ", " le Prince aux yeux d'or " (soit, par ordre d'apparition : le hibou grand duc, le rouge-gorge et le crapaud commun).
On peut les écouter chanter, crier ou marcher : le déplacement du hérisson le soir sur les feuilles tombées à terre est parfaitement repérable. Il est capable, nous apprend Le Petit peuple des chemins, de parcourir 2 à 5 km en quête de sa nourriture en insectes et mollusques.
On peut se satisfaire aux motifs de leurs parures : il existe un papillon très familier des lisières dont le dessous des ailes rappelle le dessin des cartes géographiques. En latin, il s'appelle Araschnia levana.
Les sentiers recèlent d'autres trésors aux vastes propriétés poétiques et un peu magiques : les plantes utiles à la nourriture et à la santé. Le Recueil végétal en recense un certain nombre, cueilli dans les herbiers du Moyen-Âge. Certaines recettes ont évolué, certaines sont même fortement déconseillées à la lumière des connaissances modernes. Mais toutes ont leur saveur, reflétée dans les légendes qui entourent absinthe, narcisse, marjolaine ou achillée millefeuille.
Josy Marty-Dufaut, Le Recueil végétal,
Ouest France, 142 pages, 23 €

mercredi 8 novembre 2017

Vivent les sciences naturelles et aussi la licorne !

Quel futur sans nature ?, Muséum d'histoire
naturelle, 80 pages, 7,50 €
Les sciences naturelles seraient-elles dépassées ? Verraient-elles le " grand dictionnaire de la nature " se refermer devant le naturaliste ? Le végétal, le minéral et l'animal, qui sont ses objets d'étude, se trouveraient-ils nommés (par les médias et les décideurs) dans un autre vocabulaire -- celui de l' "écologie ", par exemple, plus au goût du jour, moins suranné que les  " leçons de choses " ?
Ceci entraînerait-il une perte d'influence dommageable aussi bien à la nature elle-même qu'à l'humanité ?
C'est cette anxiété multiforme qui semble animer la déclaration lancée par une quinzaine de signataires sous la houlette du président du Muséum national d'histoire naturelle, Bruno David.
 " Le rôle clé de de l'histoire naturelle dans le contexte actuel impose donc d'enrayer la perte de vitesse attestée de son enseignement et de la pédagogie du terrain depuis quarante ans du niveau élémentaire jusqu'au cursus universitaire ", affirment les auteurs.
Leur manifeste est bilingue, français-anglais, et s'accompagne de quelques unes de ces merveilleuses planches de coquillages, de pierres, de plantes et d'animaux qui font l'une des richesses des collections conservées au Musée.
La collection " L'œil curieux ", animée par la Bibliothèque nationale de France, a pour sa part choisi de défendre dans un nouveau livret une autre sorte d'animal. Un animal fabuleux : la licorne. Longtemps tenue pour un " vrai " animal, hantant les forêts du Moyen-Âge et existant déjà pour les auteurs de la Bible, la licorne n'a plus aujourd'hui qu'une existence imaginaire. C'est-à-dire une existence en marge des sciences naturelles dont nous venons de parler. Mais très forte dans le bestiaire inconscient de chacun d'entre nous, ce qui ne compte assurément pas pour du beurre.
Les enlumineurs et les peintres ont fait tout leur possible pour assurer sa postérité et y ont réussi. C'est un vrai plaisir de contempler les images de la licorne et de ses congénères animaux d'un œil frais et ouvert au merveilleux -- ne jamais oublier le merveilleux, dit le libraire infime de province.

Licorne. Animal fabuleux, BNF éditions,
48 pages, 6,80 €



mardi 7 novembre 2017

Des notes et des couleurs

Michel Pastoureau, Une couleur ne vient
jamais seule, Seuil, 232 pages, 20 €
Si vous voulez en voir de toutes les couleurs, mais gentiment, posément, ralliez-vous au panache blanc
de Michel Pastoureau. Son journal  d'étudiant des couleurs vient de paraître pour les années 2012-2016, où il pose ainsi le sujet : " Avant d'être lumière ou matière, , avant d'être sensation ou perception, , une couleur est un abstraction, une idée un concept.  C'est sans doute pourquoi dans les pratiques sociales comme dans la création artistique et dans le monde des symboles et de l'imaginaire, elle n'existe vraiment et ne prend tout son sens que pour autant qu'elle est associée ou opposée à une ou plusieurs autres couleurs. Quel que soit le domaine où elle est à l'œuvre, une couleur ne vient jamais seule. "
Dans ce Journal chromatique, la couleur est vécue quotidiennement. Couleur des encres et du papier, couleurs des maillots du rugby, couleurs de Noël approchant, couleurs des livres de coloriage à la mode. Et un soir, ô stupeur, couleur des draps dans un hôtel chic en Suisse : ils sont noirs et les oreillers itou ! L'historien, qui ne se rêvait pas en cadavre,  dormit cette nuit-là dans un lit sans draps.
Des couleurs à la musique, il n'y a qu'un pas. On le sait depuis Rimbaud au moins : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu... Vladimir Jankélévitch, lui, mariait musique et philosophie, au point qu'il déclara : " Le philosophe qui m'a le plus influencé : Gabriel Fauré ! ".
Vient d'atteindre l'étal bien rempli du libraire, un recueil d'écrits consacrés à la deuxième passion du penseur du Je-ne-sais-quoi et du presque rien. De Ravel à Rimski-Korsakov en passant par Chopin et Fauré, donc, ou Déodat de Séverac, cher au cœur du libraire, ces articles, préfaces, textes de conférence inédits attestent, s'il en était besoin, de l'intense musicalité du monde intérieur de Vladimir Jankélévitch.
Vladimir Jankélévitch, L'enchantement musical,
Albin-Michel, 303 pages, 21,90 €


lundi 6 novembre 2017

Christine Jordis à Vichy

Les éditions Albin Michel
et la librairie A la Page
ont le plaisir de vous inviter à rencontrer
Christine Jordis
pour la parution de son dernier essai
Automnes
SAMEDI 25 NOVEMBRE A 15 H


L'entrée est gratuite et ouverte à tous

dimanche 5 novembre 2017

Un ami de la pluie

Bernard Manciet, L'eau mate,
La Nouvelle Escampette/Librairie Les Saisons,
61 pages, 12 €
" La pluie venait enfin, mon meilleur abri. Toutes les plantes, tous les arbres ruisselaient de contentement. Les hommes ne sortiraient pas de leur guet, et je pouvais aussi m'ébrouer. Je buvais chaque large feuille.  Je me lavai entièrement dans une retombée de chêne. Je perdais mon odeur de sûri, je prenais celle de la branche, forte comme celle des menthes, et j'épousais son bruissement fruité. Entre les dents, je brisais la pluie comme une tige acidulée de trèfle. La vague s'apaisait, rentrait dans une connivence bien certaine. La pluie ne disait plus mot. Elle écoutait. Très loin, il nous semblait entendre une plainte. Mais ce n'était que la rumeur amie d'une nouvelle et lente rafale. Après, il se ferait un silence d'eau. "

                           Bernard Manciet, L'eau mate

Bernard Manciet, L'Enterrement à Sabres,
Poésie Gallimard, 528 pages  13,90 €

vendredi 3 novembre 2017

Modiano, Cendrars. Le Rêve encore.


" Le Rêve à une histoire, une histoire de rêve: Simenon y rédigea son premier roman Le pont des arches, Céline, CendrarsMarcel Aymé y avaient leurs habitudes et Patrick Modiano aimait donner « rendez-vous au Rêve  »  ".
 On raconte pour la légende que c’est ici que Jacques Brel, attablé dans un coin près de la vitre, guettait le passage de Suzanne Gabriello dont il était séparé, et composa un brin nostalgique Ne me quitte pas. "
 
De Blaise Cendrars, au bar " Le Rêve " il n'est point question dans l'enquête d'Olivier Renault sur le Paris de l'auteur de Moravagine qui, pourtant, hanta Montmartre.
Il est vrai que ce bourluingueur s'entendit toujours à brouiller les pistes. A se dédoubler. A forger sa légende. Le Paris de Cendrars, qui vient de faire son apparition sur l'étal du libraire, relate son  odyssée à travers les rues de la ville. De la place de l'Alma à la place Clichy, de Montparnasse à la rue Jean Dolent (écrivain tombé dans les oubliettes)... c'est-à-dire à un jet de pierre de la prison de la Santé. Des salons aux bas-fonds. Une visite qui vaut le détour au fil de la collection " Le Paris des écrivains ".

Olivier Renault, Le Paris de Cendrars,
Editions Alexandrines, 125 pages, 9,90 €

jeudi 2 novembre 2017

Hors des chemins battus : la création primesautière


Bruno Montpied, Le Gazouillis des éléphants, Editions du Sandre,
930 pages, 39 €
Le Gazouillis des éléphants ? Elephantesque, en effet, cet inventaire " des environnements spontanés et chimériques " crées dans leurs jardins et, parfois, dans leur maison, par 300 autodidactes de l'art. Bruno Montpied, dont le libraire avait dit le bien qu'il pensait de ses Jardins anarchiques parus en 2011, a réuni ici 39 ans de recherches auprès d'artistes en marge même de la marge. On connaît les noms, sinon les œuvres, de Nicki de Saint-Phalle ou de Jean Tinguely (voir leurs machines à droite du Centre Beaubourg). Ils sont aujourd'hui fêtés. Mais les " naïfs ", les " singuliers de l'art ", les "loufoques " découverts par Bruno Montpied ont opéré ou opèrent de nos jours dans un anonymat à la fois désuet et salutaire : quelle sincérité, quelle indépendance, quelle alacrité, souvent, animent leurs créations ! Elles sont très fragiles, cependant. Tenez, le site que Monsieur René Jenthon anima dans les années 1980 de de sirènes, de vaches, de volatiles et de dinosaures "colorés et enfantins " a aujourd'hui disparu de la surface de l'Allier où il se trouvait et, conséquemment, de la surface de la Terre.
La " tentative d'inventaire général des environnements spontanés et chimériques créés en France par des autodidactes populaires, bruts, naïfs, excentriques, loufoques, brindezingues, ou tout simplement inventifs, passés, présents et en devenir, en plein air ou sous terre (quelquefois en intérieur), pour le plaisir de leurs auteurs et de quelques amateurs de passage " orchestrée par Bruno Montpied et les éditions du Sandre est la bonne surprise en matière d'art (nous nous comprenons) de cette fin d'année.

Le site de Monsieur Jenthon




mercredi 1 novembre 2017

Que d'eau, que de belles truites !

Norman Maclean, Et au milieu coule une rivière,
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Claire
Pasquier, Payot-Rivages, 174 pages, 19 €
Payot-Rivages republie le petit classique de Norman Maclean que le cinéma et l'acteur Robert Redford popularisèrent largement dans les années 1980 : Et au milieu coule une rivière.
De l'eau est effectivement passée sous les ponts et sur le dos des truites depuis lors : on ne conte plus les récits venus d'outre-Atlantique situant héros et décors dans la nature champêtre ou dans les solitudes (la fameuse Wilderness en français corrigé). Les éditions Gallmeister y consacrent même leur fonds ; leur catalogue foisonne de truites. Jusqu'à cette Journée pourrie au paradis des truites, recueil de textes halieutiques de John Gierach qui paraît à l'instant.
Norman Maclean pourrait faire ainsi faire figure d'ancêtre de ce genre, si le libraire ne se souvenait du Manuel du parfait pêcheur à la ligne qu' Izaac Walton publia il y a quatre siècles et, beaucoup plus près de nous, de ce récit de pêche des deux frères Ludovic et Sylvain Massé.
Eux furent sans doute les premiers à imaginer ce qu'est la vie d'une truite vue par ce merveilleux poisson lui-même et non depuis la berge du torrent, comme dans la plupart des récits.
Lam la truite fut d'abord publié en 1938 chez Larousse, éditeur scientifique, avant de trouver sa vraie place d'aujourd'hui chez un éditeur littéraire, dont le libraire reparlera.

Sylvain et Ludovic Massé, Lam la truite,
Pierre Mainard, 160 pages, 16 €

mardi 31 octobre 2017

Comme disait Rimbaud

Arthur Rimbaud
" Aux Etats-Unis, pour avoir une chance d'être publiés, les auteurs sont quasiment obligés de passer par des ateliers d'écriture. Les stars des lettres (sic) y interviennent ", nous informe Livres-Hebdo Alors, si les étoiles des lettres y interviennent, forcément...
Qu'en aurait pensé Rimbaud ? Il écrivait à Paul Demeny, le 15 mai 1871, ceci : "Je veux être poète, et je travaille à me rendre Voyant. (...) Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens.  Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, -- et le suprême Savant ! -- Car il arrive à l'inconnu ! "
On dira, à juste titre : Rimbaud n'écrivit pas des romans, monsieur le libraire.
Pendant ce temps, les cours d'écriture forment une tendance depuis plusieurs années au pays des Illuminations. Il en existe chez les éditeurs eux-mêmes, Gallimard par exemple. Leïla Slimani, prix Goncourt en 2016 pour Chanson douce (Gallimard)  parle ainsi de son expérience : « Je ne crois pas qu'on apprenne à écrire. En revanche, on peut débloquer certaines choses, renouveler son envie, se désinhiber au contact de quelqu'un. Quand j'ai suivi les ateliers Gallimard, j'étais dans un moment de grand doute, je venais d'envoyer un roman qui avait été refusé. Je me suis retrouvée avec des amoureux de littérature, et ça m'a redonné envie d'écrire. Mais ces ateliers sont surtout efficaces pour ceux qui ont déjà l'écriture en eux. »
Jean-Philippe Arrou-Vignod, auteur bien connu de la jeunesse, a consigné, lui, son expérience dans un livre proposé à ceux qui ressentent le prurit littéraire, pour partager " un savoir-faire et le goût de son métier. ".
Jean-Philippe Arrou-Vignod, Vous écrivez.
Le roman de l'écriture, Gallimard,
208 pages, 18 €

lundi 30 octobre 2017

Laoshu, un Sempé chinois

Laoshu, Un monde simple et tranquille, traduit
du chinois et présenté par Jean-Claude Pastor,
Picquier, 26 €
Un monde simple et tranquille !
Vous avez bien lu : Un monde simple et tranquille.
Non, mais quel doux provocateur ce Laoshu ! Il n'a pas froid aux yeux, et terriblement chaud au cœur, pour s'exprimer ainsi, ce gobe-lune dont le nom (un pseudonyme) signifie " Vieil arbre ".
S'exprimer comment, précisément ? Eh bien, à mi-chemin de la tradition poétique et picturale chinoise et de la plus actuelle actualité -- dont il s'agit pourtant, si le libraire a bien compris, de savoir se détacher, se déprendre et prendre le chemin des nuages, de la neige, des arbres en fleurs, un livre des poètes classiques à portée de main.
Il s'agit d'un livre de dessins accompagnés de poèmes courts que les Occidentaux bavards trouvent souvent " minimalistes ". Ou bien naïfs -- leur auteur ne se présente certainement pas comme un fier-à-bras cynique et revenu de tout.
Bien sûr, il est un peu trop à la mode de se dire que les " gens pensent trop ". Il arrive bien qu'ils ne pensent pas assez.
Mais prendre un petit verre de poésie en compagnie de cette vieille branche de Vieil arbre ne saurait nuire à votre journée, ni à la suivante et quelques autres encore.

Chacun a ses défauts,
Nul n'est meilleur qu'autrui.
Nous sommes tous voués à une fin,
Qui peut prétendre être supérieur ?
Seul le désir permet de répondre au monde,

Seul le détachement nous rend libres.
Le vent s'est levé !
 

dimanche 29 octobre 2017

Paul Léautaud en forme

Paul Léautaud, Journal littéraire,
Folio, 1312 pages, 14,90 €
" Tout livre qu'un autre aurait pu écrire est à mettre au panier. "
" Savoir bien écrire mal, dis-je quelquefois. "
" Ecrire de telle façon, d'une manière si bien accordée à l'homme qu'on est, qu'on reconnaisse tout de suite l'auteur rien qu'à lire trois phrases, c'est donné à très peu. "
" C'est un curieux  mécanisme intellectuel que celui de l'écrivain. Il m'est arrivé d'avoir de grands chagrins. Avec ma manie de tout écrire, je les ai mis sur le papier.  Aussitôt consolé. "
" Rien ne fait mieux écrire que d'écrire sur ce qu'on aime. "
Avec Paul Léautaud (1872-1956) ce petit jeu des citations pourrait continuer longtemps. Car s'il a, somme toute, produit peu de livres et aucun roman, son célèbre Journal littéraire  est une mine pour ce genre d'exercices :  le trait d'esprit (souvent injuste, méchant parfois), le non-conformisme, la vacherie, la flânerie littéraire sans ordre et l'auto-dérision. Ce monument occupe un rayon entier de bibliothèque, mais on pourra en lire des extraits chez Folio.
Les éditions Horay republient aujourd'hui une sélection de bons mots de Léautaud qui furent collectés par Hubert Juin, un parfait critique littéraire et homme de lettres oublié, qui a préfacé impeccablement le recueil. Avec en quatrième de couverture ce regret exprimé par Léautaud que partage le libraire : "Dire qu'il faudra partir un jour, alors que tant de gens continueront à faire l'amour. "
Le Petit ami, disponible dans la collection L'Imaginaire, reste un ouvrage stupéfiant de légèreté et de liberté de ton, tandis que Léautaud y expose une sensibilité souvent cachée sous l'ironie et une permanence tendance à ronchonner.
Paul Léautaud, Le Petit ami,
L'Imaginaire, 224 pages, 8,90 €




jeudi 26 octobre 2017

Marie-Hélène Lafon et le rythme de la ville

Marie-Hélène Lafon, Nos vies,
Buchet-Chastel, 192 pages, 15 €
Notre amie Marie-Hélène Lafon sera sur le plateau de La Grande librairie jeudi 2 novembre.
A ses côtés se trouveront Patrick Modiano, Pierre Michon, Jeanne Balibar et François-Henri Désérable (qui avait fait partie de la sélection du Prix des Lecteurs A la Page en 2015 pour Evariste).
Elle présentera Nos vies, son dernier roman  Buchet Chastel), qui se situe, chose rare chez elle, dans l'univers parisien et " les solitudes qui le tissent ". Malgré le nom doux-amer de la rue où se noue le roman : la rue du Rendez-vous, derrière la place de la Nation.

mercredi 25 octobre 2017

Le Rêve de Patrick Modiano

Patrick Modiano, Souvenirs dormants,
Gallimard, 105 pages, 14,50 €
Un personnage qui lit Les Rêves et les moyens de les diriger du marquis Léon Hervey de Saint-Denys (1822-1892) et y ajoute la lecture du
" spectateur nocturne ", alias Nicolas Restif de la Bretonne (1734-1806), auteur des Nuits de Paris, ne saurait laisser le libraire indifférent.
Mais si, de surcroît, le même personnage fréquente le petit bar qui répond au nom " Le Rêve ", sis  vers le haut de la rue Caulaincourt, dans le dix-huitième arrondissement de la capitale, comment le libraire ne lui en serait pas reconnaissant ?
Comment les souvenirs personnels, même ceux d'un infime libraire de province, n'interviendraient-ils pas dans sa lecture d'un récit ou d'un roman ? Le souvenir personnel n'est-il pas, au contraire, l'un des éléments actifs dans le plaisir de lire (et dans celui d'écrire, mais ceci est une autre affaire, dont traite Georges Picard dans son récent Cher lecteur) ?
Car le libraire infime de province a bien connu le petit bar, si bien nommé " Le Rêve ", dans un moment reculé de son mince existence sur les pentes de Monmartre.
C'est là, à deux pas de l'allée des Brouillards que hantait Gérard de Nervalau pied d'un escalier dominant une petite place, que ce café offrait son asile à certaines de ses discussions et rencontres adolescentes.
" Le  Rêve " n'est donc pas qu'un rêve ; "Le Rêve " (avec son beau comptoir qui mange la petite salle de devant, laquelle est séparée d'une minuscule arrière-salle par une cloison typique), n'a pas seulement abrité des rêves de jeunesse : il a de l'existence dans la vraie vie ; le rêve s'épanche dans la vraie vie. Ce que ne contrediraient ni Hervey de Saint-Denys ni Patrick Modiano.
Le personnage de Souvenirs dormants, un titre réussi, fréquentait cet établissement dans les années 1965, nous dit son auteur (Modiano lui-même ?). Il lisait les journaux à la terrasse. Pile quand l'infime libraire de province y entrait, bousculant les pages de L'Aurore et de France Soir qu'un homme tenait largement dépliées ce jour-là. Les souvenirs dormants se réveillent. Ils sont faits pour ça.

Georges Picard, Cher lecteur,
Corti, 192 pages, 17 €

mardi 24 octobre 2017

Le plaisir du voyageur

Jean-Didier Urbain, Une histoire érotique du
voyage, Payot, 272 pages, 20 €
Se spécialiser dans l'étude du tourisme avait conduit Jean-Didier Urbain à consacrer, après L'Idiot du voyage, un autre volume aux voyages ratés : Le Voyage était presque parfait.
Les "mésaventuriers " (n'en sommes-nous pas tous ?) y voyaient radiographiés leurs mécomptes : visites loupées, monuments décevants, " bonnes affaires " illusoires, nourriture déconcertante, les éditeurs de guides reçoivent régulièrement quantité de plaintes dont ce livre rendait compte.
Après avoir comptabilisé les déplaisirs rencontrés au loin, Jean-Didier Urbain s'attache aujourd'hui au voyage, à l'attirance pour l'ailleurs, sous l'angle inverse : celui du plaisir. 
" Transportant la recherche du plaisir hors des alcôves et autres huis clos érotiques habituels en des espaces extérieurs ou insolites, le désir ne fait pas que projeter et cristalliser sa quête dans des objets de substitution, soutient l'historien. Ici, la recherche du plaisir ne se déplace pas. Elle s'étend. Et le voyage apparaît alors comme un moyen majeur pour effectuer cette extension érotique ", conclut-il.
Plaisir paysager,  jubilations montagnardes, caresse de
l'herbe qui incite Maupassant à écrire au sujet d'un pique-nique au bord du gour de Tazenat (Auvergne) : " Et tout le monde s'étendit dans l'herbe avec une joie animale et  délicieuse. Les hommes s'y roulaient, y enfonçaient leurs mains ; et les femmes, doucement couchées sur le flanc,  y posaient leur joue comme pour y chercher une fraîche caresse. " Ou extases tahitiennes de Gauguin, dont il est beaucoup question en ce moment : " Là à Tahiti, je pourrai, au silence des belles nuits tropicales, écouter la douce musique murmurante des mouvements de mon cœur en harmonie amoureuse avec les êtres mystérieux de mon entourage. "
Jean-Didier Urbain, Le Voyage était presque
parfait, essai sur les voyages ratés, Petite
Bibliothèque Payot, 718 pages, 12,80 €

 


lundi 23 octobre 2017

Avec les Anges et les fleuves

Le Matricule des Anges, n° 187,
52 pages, 6,50 €
Azad Ziya Eren, qui nous avait fait le plaisir et l'honneur de nous rejoindre le 30 septembre dernier, figure au menu du Matricule des Anges  en sa cent-quatre vingt septième livraison.
Ainsi que Kenneth White (Lettres aux derniers lettrés, Isolato) et Gaston Criel (L'Os quotidien, Le Sonneur).
Ce qui fait trois raisons, au moins, de se pencher sur ce numéro.
Pendant ce temps, la revue La Loire et ses terroirs, " magazine du fleuve et des hommes ", fête ses vingt-cinq ans d'âge. Il y est davantage question de géographie, d'orographie, voire de chansons de mariniers, que de littérature. Mais la poésie de l'eau n'est pas loin. Ni l'Allier et ses abords.
Ce qui fait de nombreuses raisons de s'y pencher.
La Loire et ses terroirs N° 100,
216 pages, 20,00 €

samedi 21 octobre 2017

Nouvelles chroniques

Fabrice Hadjadj, Dernières nouvelles de l'homme
et de la femme aussi), Tallandier, 346 pages,
18,90 €
 
Par leur titre, ces chroniques de Fabrice Hadjadj font immédiatement penser à Alexandre Vialatte -- et leur auteur ne s'en cache nullement, qui a su contourner la petite difficulté en le féminisant.
Par le ton (qui évite le pathos, s'efforce de rester léger, ce qui n'est pas une ligne facile -- ni forcément souhaitable -- à tenir), elles ont une certaine parenté avec celles d'Umberto Eco dont le libraire parlait il y a peu. Par le contenu aussi.
Le monde moderne, l'homme moderne, les outils modernes, les joujoux modernes,  en forment le sujet, un et multiple : le présent est parfois un peu trop présent.. Frédéric Hadjadj s'en extrait par sa culture, son humour, le maintien d'une perspective spirituelle.
S'il existait un " Prix de la page 145 " comme il existe un " Prix de la page 111 " (et maintenant un " Prix de la page 112 "), le libraire l'attribuerait à Dernières nouvelles de l'homme (et de la femme aussi) pour la citation qu'elle contient d'Adolf Portmann, l'auteur de La Forme animale. Ce livre superbe (et épuisé !) est tout entier consacré à démontrer que " la vie excède toute conception utilitariste ".
Ouf ! murmure le libraire.
 


vendredi 20 octobre 2017

Ce que lisent les Français

Dans Livres Hebdo ce matin :

" Une étude comparative menée par le magazine J’aime lire à vingt ans d’intervalle (1997 et 2017), et dévoilé ce jeudi 19 octobre, montre que la pratique de la lecture est restée stable en 20 ans.
 En 2017, comme en 1997, 52 % des Français déclarent avoir lu (souvent ou de temps en temps) lorsqu’ils étaient jeunes. De même, la disparité entre les sexes reste la même. En 1997, 41% des femmes déclaraient lire souvent quand elles étaient jeunes contre seulement 19% des hommes. Vingt ans plus tard, 40% des femmes pour 18% des hommes disent avoir lu souvent dans leur jeunesse.

L’étude de J’aime lire dévoile deux nouveautés. En 2017, 63 % des parents ayant au moins un enfant entre 7 et 12 ans déclarent proposer des livres qu’ils ont aimé à leurs enfants, contre 48 % en 1997. Les types de lectures ont également évolué, avec une percée de la bande-dessinée : pas du tout citée en 1997, elle l'est pour 5% des français en 2017, et monte à 9% chez
les 25-30 ans.
 Jules Verne, la Comtesse de Ségur, Le Club des Cinq avaient marqué les esprits en 1997. Vingt ans plus tard, la Bibliothèque rose (et notamment le Club des Cinq) et la Bibliothèque verte dominent le palmarès. "

dimanche 15 octobre 2017

Viva Eco !

Umberto Eco, Chroniques d'une société liquide,
traduites de l'italien par Myriem Bouzaher,
Grasset, 510 pages, 23 €
" Il est possible que, dans quelques siècles, le seul moyen d'avoir des nouvelles du passé, tous les supports électroniques s'étant démagnétisés, soit un bel incunable. Et, parmi les livres modernes, survivront ceux qui ont été fabriqués avec du papier précieux, ou ceux proposés aujourd'hui par beaucoup d'éditeurs en papier non acide.
Je ne suis pas un passéiste? Sur un disque dur portable de deux cent cinquante gigas, j'ai enregistré les plus grands chefs-d'œuvre de la littérature universelle et de l'histoire de la philosophie : c'est bien plus commode d'y récupérer en quelques secondes une citation de Dante ou de la Somme théologique de Thomas d'Aquin plutôt que de se lever et d'aller chercher un volume lourd sur des étagères trop hautes. Mais je suis heureux que ces livres restent sur me étagères, garantie de mémoire pour le jour où les instruments électroniques auront trépassé. "

Umberto Eco, Chroniques d'une société liquide, qui vient de faire son apparition sur l'étal du libraire.









samedi 14 octobre 2017

Le moment du chiffon

Antoine Compagnon, Les Chiffonniers de Paris,
Gallimard,  496 pages, 32 €
Le chiffonnier (" personne qui fait le commerce de vieux chiffons, de vieux objets, achetés ou ramassés dans les rues ")  occupe au XIXe siècle une place de choix dans les rues de Paris. Rues diurnes ou, souvent, nocturnes. Le chiffonnier occupe aussi et, peut-être, par voie de conséquence, une place importante dans la littérature de l'époque.
 Baudelaire, bien sûr, Huysmans, l'excellent Louis-Sébastien Mercier et Théophile Gautier ainsi que, moins connus, Privat d'Anglemont et Champfleury l'introduisirent dans leurs physionomies parisiennes. Sans compter les nombreuses illustrations de Daumier et de Gavarni qui utilisèrent la figure du chiffonnier au moment où celui-ci trônait, si l'on ose écrire, parmi les métiers ambulants de Paris, avec son croc et sa hotte.
Antoine Compagnon, professeur de littérature française au Collège de France, a réuni sur le compte des chiffonniers et des chiffonnières (à ne pas confondre avec fripiers, brocanteurs et marchands d'habits) une impressionnante documentation qui nous plonge dans le petit peuple de la ville lumière.
Ce beau volume relié est réhaussé d'une abondante iconographie qui s'arrête elle-même avec la disparition du personnage du "trilleur " ou du "triqueur " à l'orée du XXe siècle.
Les glaneurs et glaneuses d'Agnès Varda,  affirme en conclusion Antoine Compagnon, ont pris sa succession.


vendredi 13 octobre 2017

Messieurs les correcteurs, encore un effort

Merci Paris. 20 écrivains amoureux de leur quartier,
Tallandier, 334 pages, 17,90 €
Le libraire a quelques manies. Certaines plus compréhensibles que d'autres. On admettra donc peut-être qu'il guette, depuis son poste de Vichy, ce qui est relatif dans les livres à Valery Larbaud : qu'il s'agisse de citations, d'allusions, de références, de révérences ou de souvenirs. Et qui est plus fréquent qu'il n'y paraît.
Il est un détail, cependant, qui ne lui échappe guère, un détail de nature orthographique portant sur le prénom de l'auteur de Fermina Márquez (comme sur celui d'un ancien haut personnage de la République française) : Larbaud se prénommait Valery, sans accent aigu, et non Valéry.
Il y a pire péché, pire salmigondis, pire galimatias. A qui le dites-vous...
Cela n'empêche. Le libraire s'agace de la phrase : "S'asseyant sur une des marches de l'échelle qui permettait d'accéder aux rayons supérieurs, il me lisait de façon emphatique (un peu à la manière de Jouvet) des passages de Léon-Paul Fargue, de Valéry Larbaud, de Jean Follain... " , comme il vient de lire à la page 241 de Merci Paris, 20 écrivains amoureux de leur quartier.
Le libraire resterait muet, et éviterait de donner une nouvelle preuve de son sale caractère, s'il ne se passait guère plus de deux ou trois semaines sans que les correcteurs au service des éditeurs ne laissent passer le lancinant accent aigu sur le prénom de Larbaud.
Le libraire pourrait dire, comme Sarah Belmont, dont vient de paraître Fautes(s) de mots : " Pas de ma faute, si j'aime traquer les fautes, les miennes avant toute chose ".
Sarah Belmont, Faute(s) de mots,
Le Temps qu'il fait, 108 pages, 14 €


jeudi 12 octobre 2017

Albert Londres de retour à Vichy

Les Rencontres Albert Londres, huitièmes de ce nom,
auront lieu à l'Aletti Palace de Vichy les 21 et 22 octobre prochains.
Empruntant leur thématique au livre de Londres
Marseille, porte du sud (Arléa),
ces journées, dont le programme suit,
 verront le lancement des Cahiers Albert Londres.
Le prix d'entrée aux conférences-débats est de 10 € pour les deux jours.
 

mercredi 11 octobre 2017

Eloge du rêveur de mots

Georges Picard, Cher lecteur,
Corti, 190 pages, 17 €
" Bon nombre des plus belles journées de mon existence, je les ai passées à réfléchir et à rêver, un livre ou un stylo à la main, dans la solitude et le silence, loin de l'agitation sociales et de ses contraintes asphyxiantes. Ce que j'ai le mieux compris, c'est ce que j'ai perçu par mes lectures et, à la rigueur, ce que j'ai découvert en écrivant. Certains copains de mon adolescence me traitaient de " rat de bibliothèque " (jusqu'à ce que je les humilie à la course, j'y étais bon, je parle du cent mètres). "
Le libraire se reconnaît bien dans cet autoportrait que trace Georges Picard (mais lui, plutôt que le cent mètres, c'était plutôt le football qu'il pratiquait).
Et aussi dans cet autre passage de Cher lecteur : " Un livre qui se referme sans laisser au cœur du lecteur un sentiment de nostalgie n'est qu'un simple passe-temps. Il y a une douleur à quitter ce que l'on aime, humain ou bouquin, mais, dans ce dernier cas, la petite douleur causée par le mot Fin se mêle au plaisir de pouvoir recommencer immédiatement la lecture. "
Une autre stratégie du lecteur enragé consiste à ralentir, par tous les moyens honnêtes (se lever, regarder par la fenêtre rêveusement, croquer une pomme, admirer les arbres, ranger son bureau) la lecture qui est en train de le ravir.
D'ailleurs, le libraire n'a pas encore refermé le livre de Georges Picard. Manière de rester plus longtemps en bonne compagnie.

Un rêveur de mots : Gaston Bachelard